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La problématique des Kurdes de Turquie et du PKK


Auteur :
Éditeur : Haute Ecole Galilée Date & Lieu : 1997, Bruxelles
Préface : Pages : 164
Traduction : ISBN :
Langue : FrançaisFormat : 210x295 mm
Code FIKP : Liv. Fre. Jac. Pro. N° 4437Thème : Thèses

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La problématique des Kurdes de Turquie et du PKK

La problématique des Kurdes de Turquie et du PKK

Stéphanie Jacquet

Haute Ecole Galilée

Les Kurdes, descendants de peuplades de langue indo-européenne, forment un peuple réparti principalement entre quatre Etats, à savoir : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie, auxquels s’ajoutent quelques minorités dans le sud-ouest de l’ex-URSS (dans les républiques du Caucase¹ et de l’Asie centrale).
Ils sont vingt à vingt-cinq millions (estimés à 12 millions en Turquie, 6 millions en Iran, 4 millions en Irak, 800.000 en Syrie et 300.000 environ dans l’ex-URSS soit plus ou moins 24 % de la population totale en Turquie, 16 % en Iran, 27 % en Irak et 8 % en Syrie) et occupent une région qui leur est propre : le Kurdistan, région montagneuse de quelques 530.000 km² ². C’est un peuple de paysans, accessoirement ...


« L'une des catastrophes les plus terribles pour un peuple, pour un pays, c ’est la division et le partage. Par ce processus, c ’est la colonne vertébrale du pays et de la communauté qui se brise, son cerveau qui éclate. C ’est ce qui est arrivé aux Kurdes ». / İsmail Besikci

INTRODUCTION

Ce mémoire « La problématique des Kurdes de Turquie et du PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan » aborde un domaine très complexe et délicat : celui d’une minorité ethnique, d’un peuple revendiquant avant toute chose la reconnaissance de son existence et de son identité même. Un peuple « spécifique », vivant sur un territoire bien déterminé, avec sa langue, sa culture, sa religion, ses traditions. Les Kurdes sont actuellement estimés à plus de 25 millions répartis entre cinq pays (Turquie, Iran, Irak, Syrie et des républiques de l’ex-URSS), mais ils demeurent pourtant un peuple sans patrie, une nation sans Etat.

Un peuple longtemps ignoré, longtemps tenu à l’écart de la scène internationale. Il a fallu que surviennent des événements tragiques, tels le massacre d’Halabja en 1988 et l’exode massif des Kurdes irakiens, suite à la guerre du Golfe en 1991, la guérilla en Turquie et les scènes d’affrontements kurdo-turcs en Europe pour que le problème kurde surgisse au premier plan de l’actualité, et occupe enfin une place.

Relativement médiatisé, il n’en demeure pas moins compliqué et parfois même énigmatique.
La Turquie, ce pays au seuil de l’Occident, est constamment confrontée à la réalité kurde par la flagrante présence d’un PKK qui, depuis quelques treize années, apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux obstacles à la réalisation d’une démocratie au pays d’Atatürk. Le PKK est couramment perçu comme un parti « terroriste » et son idéologie officielle, épinglée par les médias, est « marxiste-léniniste à visée séparatiste ». Cependant, depuis sa genèse dans les années septante et le début de la lutte armée contre l’Etat turc le 15 août 1984, le PKK se reconnaît davantage en tant que mouvement de « libération nationale ». Il va de soi qu’en pratiquement vingt-cinq ans, suite à l’expérience des erreurs et des coups durs, le parti a quelque peu modifié son idéologie de base, ses revendications, ses tactiques de guerre, ses relations extérieures, tant avec les autorités des pays limitrophes qu’avec les autres partis turcs ou kurdes, qui comptent sur la scène régionale. Il reste que l’expansion du PKK est relativement impressionnante dans la mesure où, de quelques membres fondateurs, le PKK compte actuellement quelques dizaines de milliers de combattants et de sympathisants, rassemblés au sein d’une armée (ARGK) et un front (ERNK).

Les diverses activités du PKK ont forcé les Turcs et le gouvernement à « accepter » l’existence du peuple kurde au prix de milliers de vie. Mais, faut-il « accepter » ou « faire avec »... ?
Qui sont les Kurdes et le Parti des Travailleurs du Kurdistan ? Que revendiquent-ils exactement ? Le PKK est-il, pour paraphraser Ronald Reagan, un parti « terroriste » ou un combattant de la liberté ? Pour quelles raisons la Turquie, ce pays qui se prétend démocratique, se borne-t-elle à nier l’existence du peuple kurde ? Quelles sont les attitudes des différents gouvernements turcs vis-à-vis de la question kurde et du PKK ? Ces questions posées tenteront de reproduire le plus clairement possible, malgré la complexité de la matière, la situation telle qu’elle est vécue par des millions de personnes.

L’objet de cette étude de cas est d’essayer de mettre en évidence les raisons pour lesquelles une minorité - en l’occurence un peuple dans son entièreté - se voit dénier les droits les plus fondamentaux. Mais l’intention est aussi - surtout - de faire découvrir un parti méconnu, le PKK. Un PKK dont on peut se demander s’il n’est pas souvent « diabolisé », affublé - et victime - de stéréotypes qui ont pour effet - pour objectif ? - d’occulter la légitimité des droits qu’il revendique. Après tout, l’histoire régionale, celle du Proche-Orient, ne nous a-t-elle pas enseigné que les « terroristes » d’hier sont les hommes politiques de demain ?
Ce mémoire se limitera, comme son titre l’indique, à l’étude du PKK et à celle des Kurdes de Turquie, afin de réduire au minimum ce sujet déjà vaste en soi. Nous donnerons toutefois, en début de mémoire, une présentation générale du problème kurde afin d’avoir un aperçu des racines historiques de la question kurde et du conflit actuel.

Les autres aspects et les autres scènes du combat des Kurdes - Irak, Iran, Syrie - ne seront donc qu’abordés accessoirement dans ce mémoire et lorsqu’il sera indispensable de les évoquer pour la compréhension de notre sujet.
Une première partie consacrée à « la minorité des Kurdes de Turquie », sera divisée en quatre chapitres.
- Le premier chapitre présentera le problème kurde dans sa généralité. J’essayerai d’y définir l’identité kurde et de retracer un bref historique de ses origines et de son affirmation progressive - et surtout contemporaine - au cours des siècles. Nous terminerons ce chapitre par un aperçu de la question kurde dans les différents Etats, à savoir la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie, ceci afin de montrer les différences et les spécificités de ce peuple écartelé.

- Au deuxième chapitre, la problématique des Kurdes de Turquie sera abordée en commençant tout d’abord par un aperçu général du Kurdistan de Turquie et de l’état social des régions kurdes. Les révoltes kurdes du XXème siècle et la question nationale seront abordées ensuite, de même que la gestion du problème kurde par l’Etat turc, par l’intermédiaire de dispositions légales et d’autres moins légales. Finalement, j’évoquerai une partie plus « technique » concernant l’explication de ce qu’est une minorité à travers ses droits et sa protection en droit international.
- Le troisième chapitre traitera principalement de la vie politique en Turquie, avec une description des principaux partis turcs et gouvernements successifs et de leur attitude par rapport à la question kurde. Nous y étudierons également la scène politique plus proprement kurde, des années cinquante à aujourd’hui.

- Le quatrième et dernier chapitre concerne tout particulièrement les violations des droits de l’homme perpétrées en Turquie sur les civils, intellectuels et hommes politiques, remettant en cause la démocratisation de la République.
Si, pour notre première partie, les ouvrages de référence se sont avérés relativement nombreux, la seconde partie de notre travail nous a confronté à un réel problème de sources. Effet de la « délicatesse » du sujet ? Les ouvrages consacrés au PKK proprement dit apparaissent en effet comme rarissimes, du moins ceux écrits dans une langue qui m’est accessible. La seule « véritable » source est le livre de ismet G. IMSET, « A report on separatist violence in Turkey (1973-1992) ». Ce qui explique le nombre de références tirées de cet ouvrage.

Pour pallier à ce manque d’informations, j’ai donc eu recours à diverses brochures des Comités du Kurdistan de Bruxelles et de Paris, à des articles de la presse quotidienne et hebdomadaire belge, française, anglaise et allemande, à des bulletins d’information des Instituts kurdes de Bruxelles et de Paris, aux mensuels d’Info-Türk, de même qu’à des émissions télévisées et à des cassettes vidéo.
La matière de cette deuxième partie (de même qu’une partie de la première) est toutefois également le produit d’une série d’entretiens que diverses personnalités, concernées directement ou indirectement par le sujet, ont bien voulu m’accorder.
Parmi celles-ci, Mr Pierre Vanrie, collaborateur à la revue « Espace-Orient », m’a été, grâce à sa connaissance du turc et du kurde, d’une aide précieuse.

A ce propos, il est important de préciser que certaines de ces sources, pourtant très « autorisées », ont préféré garder l’anonymat ou recourir au pseudonyme pour le simple fait que les noms seraient mentionnés. Preuve que le sujet est quelque peu « brûlant », voire même évité par certains qui ont préféré la discussion « réservée » à l’interview. D’autres ont refusé catégoriquement prétextant diverses excuses. J’ai remarqué aussi que certaines réponses étaient quelque peu détournées, voire incomplètes. Toutes ces précautions et ces silences illustrent une fois de plus les côtés « ultra-sensibles » de la question kurde et particulièrement le PKK.

- Le premier chapitre de cette seconde partie traitera de l’historique et des origines du PKK, depuis les germes de la révolte des années septante jusqu’à 1’ « ère » du Président Demirel, en passant par les débuts de la « sale » guerre.
- Dans le deuxième, je m’efforcerai d’expliquer et de décrire les structures relativement complexes et peu connues du PKK.

- Le troisième chapitre traitera de la question - cette fois plus que « délicate » - du financement et des liens avec la drogue, sur lesquels les soupçons sont nombreux.
- Le chapitre suivant donnera un éventail des relations internes et externes du PKK : avec les Etats limitrophes (Irak, Iran Syrie), l’Europe ; avec les formations de la gauche turque, dont le PKK est en partie issu, et les autres partis kurdes de Turquie.

- Le cinquième parlera de l’attitude de la Turquie face au parti « terroriste », aux méthodes de « dissuasion » employées par l’intermédiaire de l’armée, de la contre-guérilla, des protecteurs de villages, etc.
- Enfin, le sixième chapitre posera la question de l’évolution, idéologique et autres, du PKK, au cours des dernières années et, plus particulièrement, depuis la « Chute du Mur ».

Partie 1

La Minorite Kurde de Turquie

Chapitre 1 Présentation générale du problème kurde

I.  Qui Sont les Kurdes ?
1. Un peuple divisé

Les Kurdes, descendants de peuplades de langue indo-européenne, forment un peuple réparti principalement entre quatre Etats, à savoir : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie, auxquels s’ajoutent quelques minorités dans le sud-ouest de l’ex-URSS (dans les républiques du Caucase¹ et de l’Asie centrale).
Ils sont vingt à vingt-cinq millions (estimés à 12 millions en Turquie, 6 millions en Iran, 4 millions en Irak, 800.000 en Syrie et 300.000 environ dans l’ex-URSS soit plus ou moins 24 % de la population totale en Turquie, 16 % en Iran, 27 % en Irak et 8 % en Syrie) et occupent une région qui leur est propre : le Kurdistan, région montagneuse de quelques 530.000 km² ². C’est un peuple de paysans, accessoirement de commerçants, de religion musulmane, essentiellement sunnites.

Les Kurdes n’ont pas d’Etat propre. Ils sont considérés comme une minorité nationale, c’est-à-dire qu’ils se voient dénier le droit à l’identité et à la pratique de leur langue. A l’exception toutefois de l’Irak. En effet, seuls parmi tous les Kurdes répartis dans le Moyen-Orient, les Kurdes d’Irak ont, sur le plan culturel, certains « privilèges » : le kurde devient à la fois langue officielle dans la région, mais aussi langue d’enseignement à tous les niveaux. La liberté d ’expression en kurde permet la floraison de dizaines de périodiques et de journaux diffusés dans tout l’Irak, la création d’une station radio (1975) et l’émission de programmes télévisés en kurde (1979).
Par le fait qu’ils sont considérés comme une minorité nationale sans droits, les Kurdes ont organisé la résistance dans chacun des quatre pays que couvre le « Kurdistan », dénomination générique indiquant l’ensemble des régions de peuplement kurde. Mais des discordes importantes séparent leurs différentes organisations, soucieuses chacune de leur côté, d’obtenir reconnaissance et responsabilités dans leurs pays respectifs. Les Kurdes apparaissent divisés entre eux, même si beaucoup espèrent à plus ou moins long terme, mais dans des modalités différentes, la création d’un Etat kurde indépendant.

¹ A savoir : la Géorgie, l’Arménie et F Azerbaïdjan.
² Christiane MORE, « Les Kurdes à l’époque contemporaine », in Hommes et migrations, n°l 172-1173 / janvier-février 1994.




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