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24 Avril


Auteur :
Éditeur : Le Cherche Midi Date & Lieu : 2003, Paris
Préface : Pages : 228
Traduction : ISBN : 2-74910-210-3
Langue : FrançaisFormat : 155x240 mm
Code FIKP : Liv. Fra. Gov. Vin.Thème : Général

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24 Avril

24 Avril

Alexis Govciyan

Le Cherche Midi

Le 24 avril 1915, en marge de la Première Guerre mondiale, débute le premier génocide du XXe siècle, Deux tiers de la population arménienne sous administration turque seront exterminés par l'armée ottomane, La Turquie, aujourd'hui encore, nie la réalité de sa responsabilité historique, C'est pourquoi les communautés arméniennes de la diaspora, descendantes des rescapés du génocide, se sont organisées pour obtenir, à travers toute une série d'actions, la reconnaissance internationale du génocide arménien.

L'implication des défenseurs des valeurs républicaines, la création, en 1995, du Comité du 24 avril, le regroupement des organisations arméniennes de France, la publication de nombreux livres sur l'histoire du génocide, le contexte politique français, européen et international, l'attitude négationniste de la Turquie et son «déficit» démocratique ont constitué quelques-unes des étapes et des embûches sur la voie de la reconnaissance par la France du génocide arménien. Le Parlement, après une longue période d'hésitation, du 29 mai 1998 au 18 janvier 2001, a fini par donner à cette reconnaissance force de loi.

Votée par le Parlement et promulguée par Jacques Chirac, président de la République, cette loi a permis à la France d'être la première puissance à légiférer en ce domaine et de rejoindre les instances internationales et les pays qui l'avaient précédée dans la voie de la reconnaissance de ce génocide.
24 Avril fait le récit de ces événements


 

Élu président du Comité du 24 avril le 14 octobre 1998, Alexis Govciyan a assumé cette fonction jusqu'au 21 octobre 2001. Dans ce cadre, il a été le témoin privilégié du processus de reconnaissance, des travaux et actions menés par les autorités et formations politiques ainsi que par les Français d'origine arménienne et leurs organisations.


«Être homme, c'est précisément être responsable. C'est connaître la honte en face d'une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C'est être fier d'une victoire que ses camarades ont remportée. C'est sentir, en posant sa pierre, qu’on contribue à bâtir le monde.»
Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes.


PRÉFACE


La France et le génocide arménien

Alexis Govciyan prolonge par cette publication la considérable et patiente activité qu’il a déployée pour que le parlement français reconnaisse le génocide arménien. Ce qu’il a recensé mérite d’être retenu non seulement en raison de la charge d’émotion et de noblesse mais aussi pour l’édification des ignorants, des insensibles et des criminels en puissance.

À l’occasion du débat sur la reconnaissance du génocide arménien, j’ai entendu dire trop souvent que la cause était sans doute juste mais qu’elle ne concernait pas la France et qu’elle n’avait donc pas à s’en mêler. A ces analphabètes qui ne connaissent pas leur passé, je voudrais profiter de l’occasion pour rappeler le poids des événements et les responsabilités de notre pays. Ceux qui ignorent leur histoire sont condamnés à en répéter les erreurs.

C’est à l’occasion de la Première Guerre mondiale et avec la complicité de l’Allemagne, son alliée, que la Turquie a perpétré le premier génocide du XXe siècle. Il faut toujours une guerre pour pouvoir se livrer à de tels crimes. Le 24 mai 1915, un mois, jour pour jour, après le déclenchement de ce qu’on appellera plus tard un génocide, la France rendait publique et notifiait à la Turquie la déclaration suivante:

«Depuis un mois environ, la population kurde et turque de l’Arménie procède de connivence et souvent avec l’aide des autorités ottomanes à des massacres des Arméniens. De tels massacres ont eu lieu vers la mi-avril n. st. à Erzeroum, Dertchun, Eghine, Akn, Bitlis, Mouch, Sassoun, Zeitoun et dans toute la Cilicie: les habitants d’une centaine de villages aux environs de Van ont été tous assassinés; dans la ville même, le quartier arménien est assiégé par les Kurdes. En même temps, à Constantinople, le gouvernement ottoman sévit contre la population arménienne inoffensive.

«En présence de ces nouveaux crimes de la Turquie contre l’humanité et la civilisation, les gouvernements alliés font savoir publiquement à la Sublime Porte qu’ils tiendront personnellement responsables desdits crimes tous les membres du gouvernement ottoman ainsi que ceux de ses agents qui se trouveraient impliqués dans de pareils massacres.»

Chaque mot est important dans cette déclaration des puissances alliées qui annonce les principes de ce que seront un jour... les principes du tribunal de Nuremberg. La reconnaissance du génocide est donc la conséquence logique et, en principe inévitable, de cette déclaration. Parmi «les gouvernements alliés», la France est le seul qui ait reconnu le génocide arménien. J’en suis fier comme Français. La France ne s’est d’ailleurs pas trompée puisque de 1919 à 1920 la juridiction turque de Constantinople a condamné à mort les organisateurs du génocide en relevant que les décisions avaient été prises après «des délibérations longues et approfondies.»

Ayant combattu la Turquie pendant la réalisation du génocide, la France a été mêlée de près aux événements: la reconnaissance du génocide a pour elle l’évidence et l’obligation du témoignage.

Les 9 et 16 mai 1916, la France et la Grande-Bretagne signent les accords Sykes-Picot par lesquels la France reçoit l’administration directe d’une partie de l’Empire ottoman et en particulier la zone de Cilicie où se trouve une importante population arménienne à partir de laquelle sera levé un corps militaire arménien au service de la France: la Légion arménienne. Mais en 1922, en raison des harcèlements kémalistes, la France renonce à la Cilicie et évacue militairement la région, abandonnant la population qu’elle protégeait et qui est à nouveau contrainte à l’exode.
Le 10 août 1920, le traité de Sèvres prévoyait la création d’un État arménien dont le tracé est confié au président des États-Unis qui s’en acquitte le 22 novembre 1920. Mais les Occidentaux laissent les Soviétiques et les kémalistes régler entre eux le sort de l’Arménie, ce qu’ils font par le traité d’Ankara le 16 mars 1921.

En 1923, le traité de Lausanne annihile le traité de Sèvres et se contente de garantir l’égalité et la liberté des Arméniens vivant en Turquie. Cette garantie ne sera jamais exercée. En Anatolie orientale, le quart de la population était arménienne au début du siècle. Elle a pratiquement disparu.

Tant de crimes, tant de victimes, tant d’engagements, tant de reniements, tant d’abandons...
La reconnaissance du génocide arménien par la France est le respect de sa parole au regard de l’histoire, le juste témoignage qui est dans la logique de son passé et de sa vocation universelle et un acte de compassion à l’égard de ceux de ses enfants qui en sont issus.



Patrick Devedjian
Ministre délégué aux Libertés locales

Première Partie


«Je me souviens très bien que, même dans l’horreur de la Première Guerre mondiale, la tragédie arménienne de 1915 a soulevé en moi une profonde émotion. Le mot génocide n’avait pas encore cours à cette époque, mais j’ai senti alors tout ce qu’il a signifié plus tard.»
Joseph Kessel, de l’Académie française, le 24 avril 1975.

8 novembre 2000, 5 h 25 du matin,
Sénat de la République

L article unique de la proposition de loi «La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915» est mis aux voix, par scrutin public. Le président de séance, le sénateur Jacques Valade, ancien ministre chargé de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, proclame les résultats.

Nombre de votants: 208
Suffrages exprimés: 204
Majorité absolue: 103
Pour: 164
Contre: 40

Après plusieurs heures de débat et une procédure particulièrement complexe, la proposition de loi est enfin adoptée. Dans les tribunes du Sénat, le public, fort nombreux, laisse éclater son immense joie.

Plusieurs centaines de personnes attendent également à l’extérieur et pour la plupart, depuis plusieurs heures, debout, dans le froid de la nuit.

Pour ce qui me concerne, je me sens tout d’un coup très las, totalement indifférent, même à ce qui se passe dans cette tribune présidentielle.

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